BADIALI Carla

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Carla Badiali (Novedrate, 1907 – Côme, 1992) a été l’une des figures majeures de l’abstraction géométrique italienne et une personnalité fondamentale du groupe des peintres abstraits de Côme. Élève de Manlio Rho, elle a développé une peinture caractérisée par des formes essentielles, des rapports chromatiques mesurés et des compositions où géométrie et sensibilité poétique coexistent. Son activité artistique s’est entrelacée pendant des décennies avec le dessin textile, une expérience qui a contribué à la précision et à la variété de ses structures picturales. Des premières compositions des années trente aux recherches de l’après-guerre, Badiali a interprété l’abstraction non comme un simple exercice géométrique, mais comme un langage capable d’exprimer le rythme, l’équilibre et le mouvement.

Une formation entre la France et Côme

Carla Badiali naît le 9 novembre 1907 à Novedrate, dans la province de Côme. Pendant son enfance, elle déménage avec sa famille à Saint-Étienne, en France, où elle se rapproche de la peinture grâce à son père et étudie le piano.

L’éducation musicale contribue à développer une attention particulière au rythme et à l’organisation des formes, des aspects qui deviendront centraux dans sa recherche abstraite.

De retour en Italie en 1923, elle fréquente l’Istituto Nazionale di Setificio di Como, où elle rencontre Manlio Rho, son professeur de dessin.

Rho, figure majeure de l’abstractionnisme de Côme, l’initie aux recherches de l’art moderne et à la confrontation avec les expériences européennes.

En 1927, Badiali obtient son diplôme et commence à travailler dans le secteur textile. En 1932, elle ouvre son propre atelier de dessin textile à Côme, collaborant avec des entreprises et des fabricants qui s’adressent également aux marchés internationaux.

La peinture et le dessin textile évoluent en parallèle, s’influençant sans se superposer complètement.

Les abstraits de Côme et la naissance du langage géométrique

Au début des années trente, Carla Badiali se rapproche de l’abstraction géométrique, en participant à un milieu culturel particulièrement novateur.

Côme est alors un centre important de dialogue entre peinture, architecture rationaliste et arts appliqués.

Aux côtés de Manlio Rho, Mario Radice, Aldo Galli et d’autres artistes s’emploient à dépasser la représentation naturaliste.

Dans ce contexte, Badiali développe des compositions fondées sur des lignes, des plans chromatiques, des courbes et des figures géométriques.

Sa peinture ne cherche pas à représenter des paysages ou des objets reconnaissables. Les formes acquièrent une valeur autonome et sont organisées selon des rapports d’équilibre et de tension.

En 1936, elle participe à la Mostra della pittura moderna italiana a Villa Olmo, l’un des événements majeurs de l’affirmation de l’abstractionnisme de Côme.

Composition n° 12 et les œuvres des années trente

Parmi les œuvres les plus significatives de sa première maturité figure Composition n° 12 (1935–1936).

Le tableau témoigne d’une géométrie moins rigide que ne pourrait le laisser penser le terme abstraction : lignes droites et courbes coexistent avec des formes souples et des couleurs délicates.

La surface est organisée selon des rapports précis, tout en conservant un sentiment de mouvement.

L’artiste évite la symétrie mécanique et construit un équilibre dynamique entre les éléments.

Les formes semblent dialoguer, se rapprochant parfois, parfois s’éloignant au gré des intervalles chromatiques.

Cette capacité à allier ordre et liberté constitue l’un des traits distinctifs de la peinture de Badiali.

Les compositions des années trente témoignent également d’un lien avec le monde du design : le rythme des plans et l’attention portée aux relations entre les couleurs rappellent, sans s’y confondre, certains principes de l’organisation décorative.

Futurisme, Valori Primordiali et recherche abstraite

En 1938, Carla Badiali rejoint le groupe Valori Primordiali, lié à la réflexion culturelle promue par Franco Ciliberti.

En 1940, elle signe le manifeste du groupe des Primordiaux futuristes Sant’Elia.

Ces adhésions témoignent de sa participation au débat artistique de l’époque, traversé par différentes interprétations de la modernité.

Sa peinture conserve toutefois une orientation essentiellement abstraite.

L’intérêt pour le dynamisme se traduit surtout dans la disposition des formes et la construction de rythmes visuels.

En 1942, elle participe à la Biennale de Venise, où elle présente des œuvres liées à sa recherche abstraite.

L’année suivante, elle participe à la Quadriennale de Rome.

La guerre et la reprise de l’après-guerre

La Seconde Guerre mondiale interrompt la continuité de l’activité artistique et professionnelle de Badiali.

Après la guerre, l’artiste reprend ses recherches et participe de nouveau aux expositions consacrées à l’abstraction italienne.

En 1951, elle participe à l’exposition historique sur l’abstraction organisée à la galerie Bompiani de Milan.

Sa peinture évolue à travers une simplification progressive des formes.

Les compositions conservent une structure géométrique reconnaissable, mais développent des rapports chromatiques et spatiaux de plus en plus personnels.

Les lignes peuvent devenir plus fluides et les plans acquièrent une plus grande liberté de disposition.

Badiali n’abandonne pas les principes fondamentaux de sa recherche, mais les renouvelle par des variations constantes.

La couleur et le rythme dans les compositions abstraites

La couleur joue un rôle décisif dans la peinture de Carla Badiali.

Les tonalités ne sont pas utilisées pour imiter la réalité, mais pour construire des relations entre les formes.

Une zone chromatique peut sembler plus proche ou plus éloignée selon son rapport aux couleurs environnantes.

Les courbes introduisent des mouvements qui rompent la rigidité des structures géométriques.

Cette organisation confère aux compositions un caractère presque musical.

Il ne s’agit pas de traduire directement une mélodie en peinture, mais de construire une succession de rapports visuels au moyen d’intervalles, de répétitions et de variations.

Le résultat est une peinture abstraite qui conserve une remarquable sensibilité expressive.

Le dessin textile et le rapport entre l’art et le design

L’activité de dessinatrice textile représente un aspect essentiel de la carrière de Carla Badiali.

Pendant de nombreuses années, elle réalise des projets destinés à la production de tissus, développant une familiarité particulière avec les motifs, les couleurs et les structures répétitives.

Son atelier de Côme reste actif jusqu’en 1963, avec une interruption pendant les années de guerre.

Cette expérience ne doit pas être considérée simplement comme une activité parallèle à la peinture.

La pratique quotidienne du dessin appliqué contribue à affiner sa capacité à organiser les surfaces.

Dans les œuvres abstraites, toutefois, Badiali dépasse la fonction décorative : chaque composition est conçue comme une image autonome.

Le lien entre peinture et textile devient ainsi l’un des aspects les plus originaux de son parcours.

Les expositions et la reconnaissance historique

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, la recherche de Carla Badiali est progressivement reconnue comme une composante fondamentale de l’histoire de l’abstractionnisme italien.

En 1966, ses œuvres sont présentées à la Biennale de Venise dans le cadre de l’exposition consacrée aux aspects du premier abstractionnisme italien.

En 1989, elle participe à la rétrospective consacrée aux abstractionnistes de Côme.

En 1990, la municipalité de Côme lui consacre une rétrospective, reconnaissant la valeur d’une carrière menée avec une grande cohérence.

Carla Badiali meurt à Côme le 7 février 1992.

Ses œuvres continuent d’être étudiées et présentées dans des expositions consacrées à l’abstraction géométrique et aux liens entre art et design.

Son héritage réside dans sa capacité à transformer la géométrie en un langage sensible : formes, couleurs et rythmes deviennent les instruments d’une peinture rigoureuse, mais jamais dépourvue de vitalité.

Artista